Conversions

 JUDAISME LIBERAL ET CONVERSIONS  

La tradition juive n’a jamais été hostile aux conversions même si la situation contemporaine française et les discours qui l’accompagnent nous portent à croire le contraire.La conversion était largement pratiquée dans la période biblique car elle était un moyen d’intégrer au peuple juif, les peuples conquis, ainsi que ceux qui s’y joignaient individuellement (Tsippora, Ruth…).
D’après la Bible (Genèse 12 :5), Abraham fut le premier converti, et ce fut son rôle et ce lui de sa femme, d’amener l’humanité à croire au même Dieu unique. (Les âmes qu’ils avaient faites à Haran) : Abraham convertissait les hommes ; Sarah, les femmes.** (voir aussi Talmud Babli Shabbat 31a sur conversion opposant Shamaï et Hillel). 
Les mouvements libéraux se font donc l’écho de cette tradition favorable à la conversion.
Le rabbin David Einhorn (1809-1879) considérait chaque mariage mixte comme un pas supplémentaire vers la disparition du judaïsme. Il y a très peu de moyens de freiner les mariages mixtes. Selon lui, la solution semble être la conversion au judaïsme. Plutôt que d’être ressentis comme une menace pour la survie du peuple juif, les mariages mixtes peuvent être alors considérés comme une occasion d’augmenter le nombre de juifs.
Affirmer que le judaïsme est une religion dans sons sens le plus large, une manière de vivre, une philosophie, de sorte que celui ou celle qui le désire sincèrement puisse l’adopter, avec les efforts nécessaires, revient à affirmer que le judaïsme ne peut être défini de manière uniquement héréditaire. Les nombreuses communautés, issues ou non de la conversion témoignent de la vision universaliste de la tradition juive. Les juifs chinois, éthiopiens, indiens, noirs américains, partagent tous une même éthique.Si nous voulons que le judaïsme reste ce qu’il a toujours été, une religion transmise par l’éducation,  nous devons dépasser certains sentiments d’exclusivité par la naissance – certes peut-être naturels – mais qui ne correspondent pas à une réalité historique ni  à une éthique de la tradition juive. 
A l’heure où l’assimilation demeure un grave problème pour notre peuple, nous devons nous débarrasser de l’esprit de ghetto, imposé par des conditions extérieures qui n’existent plus.
Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme actif (il faut respecter la religion de l’autre et ne pas imposer la sienne) ; il s’agit d’accueillir les candidats sincères comme le faisait Hillel autrefois.
Accepter les convertis ne signifie pas brader le judaïsme, ni le banaliser. Les exigences doivent être importantes ; leur sincérité doit être prouvée. C’est la qualité de notre judaïsme et le nombre de ceux qui le pratiquent qui assureront sa pérennité. Quant à la sincérité du prosélyte, son engagement à se conformer aux croyances et aux lois juives, son défi face à l’antisémitisme, sa décision d’étudier, sa circoncision (pour l’homme), son engagement dans la communauté et son éloignement de sa communauté d’origine –voire la distance prise avec sa famille même s’il la respecte toujours –sont des circonstances qui doivent inspirer le respect, l’admiration et la tolérance.
   
Peut-on se convertir en vue d’un mariage ?
Le judaïsme libéral n’est en marge ni de la tradition ni de la Halakha en effectuant dans le monde entier des conversions en vue du mariage.Selon Rabbi Néhémiah (Yévamot 24b) : « celui qui se convertit pour une femme ou celle qui se convertit pour un homme (…) leur conversion n’est pas valide ».Mais Rav dit : « la Halakha suit mes paroles, leur conversion est valide ». Et le Rosh à propos de Yevamot 24b rapporte la conclusion de Rav : « même si quelqu’un s’est converti en vue du mariage ou dans un autre but, sa conversion est valide ».
 

  • Même si la raison évidente de la conversion est le mariage avec un juif, une telle conversion peut être aussi considérée leshem shamaïm, pour l’amour de Dieu. Telle est l’opinion exprimée par  le rabbin Schlomo Kruger (Tuv Taam veDaat – Podgorze 1900), et suivie par les grands rabbins d’Israël Uziel, Unterman et Ovadia Yossef.*

*(cf. : « Les problèmes de conversions de notre époque » Torah shebalpé 21-Yéhiel Weinberg in Sidrei Esh volume 13 Even Haezer 50 

  • Selon le rabbin Richard Rubinstein : « le mariage est la meilleure raison et non pas la plus mauvaise de se convertir aujourd’hui. Les jeunes gens créent le premier chaînon d’une vie en communauté en fondant une famille. Ils partagent le destin de chacun. Il est préférable que ce soit fait dans une communauté de religion. »

  • Le mariage semble donc une bonne motivation pour la conversion, si, bien sûr, le candidat développe un intérêt propre pour le judaïsme. Le candidat doit désirer fonder un foyer juif. Si à la fin du processus de conversion, le conjoint reste l’objet unique de la conversion, les rabbins sont en droit de remettre en cause la sincérité de la démarche et de refuser la conversion.

  Que demande le judaïsme libéral vis-à-vis des candidats à la conversion ? 

  • Une période d’étude de 12 mois minimum  permettant de suivre le cycle d’une année juive. ( grands moments de l’histoire juive, les traits essentiels de la philosophie du judaïsme, l’étude des diverses tendances, explication des rites et des fêtes, apprentissage et lecture de l’hébreu orientés plus vers la compréhension du rituel de prières.).

  • Entretiens réguliers avec des rabbins de la communauté permettant de suivre individuellement les candidats.

  • Groupes de soutien avec d’autres candidats et un rabbin.

  • Présence obligatoire du conjoint juif dans le cas où le mariage est la raison de la conversion.

  • Participation active à la vie de la communauté.

  • Pratique des rites et des fêtes à la maison.

  • Circoncision pour les hommes, bain rituel pour les femmes.

  • Examen écrit clôturant le processus, suivi d’un entretien devant un Beit Din composé de 3 rabbins libéraux.

  • Un acte de conversion est délivré, faisant figurer le prénom hébraïque choisi par le/la candidat(e).

  • Cérémonie d’accueil dans la communauté, symbolisée par la transmission du Séfer Torah.

En France, cet acte de conversion n’est pas reconnu par le Consistoire puisque celui-ci ne reconnaît pas les rabbins libéraux. En revanche, cet acte est valide aux yeux de toutes les autres communautés libérales du monde, et qui représentent la majorité religieuse actuelle.Le converti ; peut, s’il le désire ; s’installer en Israël et bénéficier de la « Loi du Retour ». Sa conversion est reconnue par l’Etat d’Israël.